Thursday 28. October 2021
2009
COMECE Press 18/11/2010

 

 

Discours d'ouverture

de l'Assemblée Plènière d'automne de la COMECE

Mgr Adrianus van Luyn

18 novembre 2009 

 

(traduction de la version originale en allemand)

-Seul le prononcé fait foi-

 

Chers confrères, chers participants à notre assemblée plénière,

 

Depuis notre dernière rencontre ici à Bruxelles en mars dernier, l'Union européenne a connu quelques changements notables. En faisant un retour en arrière sur ces derniers mois, je voudrais en mentionner trois en particulier, qui auront un impact considérable sur notre travail et qui nous occuperont à l'avenir.

 

I- Retour en arrière

 

1. Election du Parlement européen.

Du 4 au 7 juin dernier, 375 millions d'électeurs, citoyens des 27 Etats membres de l'UE, ont eu à élire un nouveau Parlement européen. En amont de l'élection, on avait craint une abstention massive en raison de la critique persistante des citoyens à l'égard de divers aspects du projet européen. En valeur absolue, 161,3 millions de personnes se seront rendus aux urnes, cela représente 43% des électeurs, soit un recul de 2, 5 % par rapport aux dernières élections en 2004. Dans certains pays, comme les Etats scandinaves ou l'Autriche, la participation a plutôt augmenté - malgré des taux d'insatisfaction à l'égard de l'UE plutôt élevés.

 

Plus de la moitié des 736 députés européens ont été élus pour la première fois au Parlement européen. Il s'agit donc également d'un changement de génération parmi les députés européens. Un seul député issu de la première législature du Parlement européen (1979-1984) a été réélu : il s'agit de Hans-Gert Poettering, qui fut également Président du Parlement européen dans la précédente législature.

La composition du Parlement européen a connu un changement majeur du fait de la scission du Groupe des partis populaires et démocrates chrétiens européens et de la création d'un nouveau Groupe de Partis conservateurs. Ce dernier regroupe les Tories britanniques, le parti tchèque ODS et d'autres petits partis conservateurs.

Le Groupe des Partis Populaires européens, avec 36% des sièges, reste cependant le groupe le plus important au Parlement européen, suivi du Groupe des Socialistes et Démocrates avec 25% et l'Alliance des Libéraux avec 11,4% des mandats. Le nouveau Groupe des Conservateurs et réformistes dispose de 54 sièges, soit 7,3% des mandats.

 

Entre temps, le Parlement a repris ses travaux, élu les différentes Commissions et leurs présidences respectives. Lors de sa session inaugurale en juillet 2009, c'est l'ancien Premier Ministre polonais Jerzy Buzek qui a été élu par l'Assemblée plénière du Parlement comme Président pour la première moitié de la législature, soit 2 ans et demie. Il est le premier Président d'une des trois Institutions de l'Union européenne qui soit issu des nouveaux Etats membres - ces Etats d'Europe centrale et orientale qui se sont libérés par une « révolution de velours » en 1989 du joug communiste et qui ont adhéré à l'Union européenne le 1er mai 2004 pour la plupart, le 1er janvier 2007 pour les autres.

Le Président Buzek est polonais et de confession protestante. Grâce à des contacts dès la législature précédente, la COMECE et son travail lui sont familiers. Notre Secrétaire général a également pris contact avec lui et nous espérons que se présentera l'opportunité de le rencontrer à Bruxelles à l'occasion de notre prochaine Assemblée plénière.

 

Après l'élection et l'installation des députés, certains d'entre nous ont déjà pris contact avec les députés et les ont félicité pour leur nouveau mandat. Notre confrère polonais a invité les députés européens de son pays à une rencontre ici, à la COMECE. La Conférence épiscopale autrichienne prévoit d'organiser une rencontre similaire l'année prochaine. Ces contacts informels sont essentiels, car ils facilitent notre accès aux députés, même lorsque nous n'avons pas de demande particulière à leur égard. Mais par la suite, il sera ainsi plus facile de les aborder pour des questions concrètes et importantes pour nous, parce que l'on se connaitra déjà.

 

2.Ratification du Traité de Lisbonne

A coup sûr, l'évènement le plus important, à côté du renouvellement du Parlement européen, est la clôture de la ratification du Traité de Lisbonne. Avant que l'on en arrive là, un certain nombre d'obstacles ont dû être surmontés. En mars dernier, 4 pays - l'Allemagne, l'Irlande, la Pologne et la République tchèque - n'avaient pas encore ratifié le Traité.

 

La classe politique en Allemagne attendait la décision de la Cour constitutionnelle fédérale qui devait statuer si et dans quelle mesure le Traité de Lisbonne était conforme à la Loi fondamentale allemande. Dans leur décision rendue le 30 juin dernier, les juges ont établi que le Traité et ses dispositions étaient compatibles avec la Loi fondamentale allemande. Ils ont néanmoins jugé que tout nouveau transfert de compétences à l'Union européenne - transferts qui ont actuellement parfois lieu silencieusement, dans le cadre de ce qu'on appelle des « procédures de nettoyage » - devront dorénavant être approuvés par le Parlement allemand. Pour ce faire, l'adoption d'une Loi spécifique était nécessaire. Comme le Parlement allemand devait être renouvelé à l'occasion des élections législatives du 28 septembre dernier, le Bundestag a été convoqué en session extraordinaire durant l'été pour débattre et finalement adopter le projet de loi en question. A l'issue de l'adoption de cette loi, le Président fédéral allemand M. Köhler a signé et ratifié le Traité de Lisbonne.

 

La situation fut plus compliquée en Irlande. En effet, le Traité y avait été rejeté lors d'un référendum en juin 2008. Suite à certaines concessions du Conseil européen sous la forme d'une Déclaration, la neutralité de l'Irlande a été confirmée et son autodétermination dans certains domaines législatifs, parmi lesquels la législation fiscale et en matière d'avortement, renforcée. Suite à l'adoption de cette déclaration, la voie était libre pour que le gouvernement Irlandais organise un second referendum qui s'est tenu le 2 octobre dernier. L'issue en est connue : 58% des électeurs ont pris part au referendum, dont les deux tiers, soit 67,1%, ont voté « oui ».

En amont du scrutin, l'évêque de Down & Connor a fait une déclaration à la Commission des affaires européennes du Parlement irlandais, en accord avec le Primat de l'Eglise catholique d'Irlande, le Cardinal Brady. Il y déclarait que du point de vue catholique, aucune raison moralement contraignante ne permettait de se prononcer contre le Traité. Cela signifiait en même temps que les évêques n'émettaient aucune consigne de vote explicite concernant le Traité.

 

Peu de temps après le référendum irlandais, le Président polonais M. Kaczynski ratifiait le Traité le 11 octobre à Varsovie. Etant donnée la signification de cette signature pour l'ensemble de l'Union européenne, nous ne lui tiendrons pas rigueur du fait que cet acte l'ait empêché de venir s'adresser à nous à l'occasion des premières Journées sociales catholiques pour l'Europe qui se tenaient à Gdansk au même moment.

 

Le plus difficile fut la ratification du Traité de Lisbonne par le Président de la République tchèque, M. Klaus. Bien que les deux chambres du Parlement tchèque avaient déjà approuvé le Traité, on était en attente de l'aboutissement d'une autre procédure : la compatibilité du Traité avec la Constitution devait encore être examinée par la Cour constitutionnelle tchèque. Pour compliquer les choses, il a fallu trouver un moyen de permettre au Président M.Klaus de signer le Traité sans perdre la face, alors qu'il fait figure d'opposant majeur à ce Traité.

Le Conseil européen ayant accepté comme concession la limitation de la portée de la Charte des Droits fondamentaux ( elle ne pourra s'appliquer aux décrets Benes sur les expropriations après la 2nde Guerre mondiale) et après le jugement positif de la Cour constitutionnelle le 3 novembre dernier, le Président tchèque a signé le jour même le Traité. Avec le dépôt des instruments de ratification à Rome, la ratification est donc clôturée et le Traité de Lisbonne entrera en vigueur le 1er décembre 2009.

 

3. Désignation d'une nouvelle Commission, du Président et du « Ministre des Affaires étrangères »

Demain, le 19 novembre, les chefs d'Etat et de gouvernement se réuniront ici à Bruxelles, pour pourvoir pour la première fois les deux postes créés par le Traité de Lisbonne: le poste de Président du Conseil européen et celui de « Haut représentant pour la politique étrangère », qui sera également Vice-président de la Commission européenne. Plusieurs noms ont déjà été cités en amont. Espérons que nous en saurons plus demain.

 

Finalement, les auditions des candidats à la Commission européenne se tiendront fin novembre au Parlement européen. Si tout se passe sans trop de difficultés, la Commission européenne nouvellement désignée devrait entrer en fonction au 1er janvier 2010. Pour nous aussi, ici à la COMECE, il sera intéressant de savoir qui occupera à l'avenir ces postes clés.

 

Ainsi s'achèvera provisoirement une longue phase de réflexion interne et de réorganisation de l'Union européenne. En effet, si l'on inclus le premier Traité de l'Union européenne, le Traité de Maastricht, ce sont 17 années qui se sont écoulées. Durant ces années, les fondements, les objectifs, les tâches et la structure de l'Union européenne furent au cœur de la réflexion.

Les Communautés européennes des années 1991, avec leurs 12 Etats membres, sont devenues l'Union européenne des années 2009, avec 27 Etats membres. 15 d'entre eux ont déjà adopté l'Euro comme monnaie commune. Les pouvoirs du Parlement européen ont été étendus, améliorant ainsi la teneur démocratique de l'Union. La pondération des voix pour les décisions à la majorité qualifiée a été simplifiée et rendue plus transparente. Enfin, les Traités ont été réorganisés et complétés par une Charte des Droits fondamentaux, qui fait partie intégrante de ces Traités.

 

II- Les défis majeurs dans un avenir proche

 

1. L'Article 17

Chers confrères,

ces années d'introspection européenne eurent également une grande importance pour les Eglises et auront apporté des changements qui sont essentiels pour elles. En octobre 1995, la COMECE et la KEK avaient organisé à Bruxelles un Séminaire sur les relations Eglise-Etat dans une perspective européenne. Ce Séminaire permit d'établir que les systèmes de relations Eglise-Etat étaient organisés de façon très diverse selon les Etats membres. Cela a conduit à la proposition de joindre au Traité d'Amsterdam un passage prenant acte de ce constat. Il en résultat la déclaration n°11 sur le Statut des Eglises et communautés religieuses : l'Union respecte et ne préjuge pas du statut que les Eglises et communautés religieuses ont dans chaque Etat membre.

Dans le cadre des discussions sur le Traité constitutionnel, la conviction s'est développée du côté des Eglises, qu'il était nécessaire de compléter l'aspect défensif de cette clause de protection jointe au Traité d'Amsterdam, par une clause de Dialogue  formulée de façon positive. Après plusieurs étapes, on aboutît à la formulation que l'on retrouve aujourd'hui dans le 3e paragraphe de l'Article 17 du Traité de Lisbonne : c'est un dialogue ouvert, transparent et régulier que l'UE mène avec les Eglises et Communautés religieuses sur la base de leur contribution particulière. Ainsi, il est désormais inscrit dans le Traité ce qui, durant ces années de négociations, s'était entre temps déjà mis en place sous la forme de bonnes pratiques. Ce « Dialogue de fait», et la confiance entre Institutions européennes et Eglises, a grandi avec les années. Le mérite en revient aussi au travail de la COMECE.

 

L' « élaboration des Instruments » est pour le moment achevée. Désormais, il s'agit de savoir comment et avec quels objectifs nous souhaitons mener ce dialogue. C'est justement la discussion sur la mise en place pratique de l'article 17 dans nos relations quotidiennes avec les institutions de l'Union européenne qui nous occupera ces prochains jours. A l'issue de cette discussion, nous pourrons alors mener avec les Institutions un « Dialogue sur le dialogue ».

 

Outre la question de savoir « comment nous voulons mener ce Dialogue », nous devons également nous poser la question de savoir « sur quel sujets nous voulons entrer en Dialogue avec l'Union européenne ». Ce n'est pas la préoccupation de nous-mêmes ou la sécurisation de nos prérogatives - pour paraphraser le Pape Benoît XVI - qui constitue notre mission, comme membres de la COMECE, en matière de politique européenne. C'est bien plutôt la tentative de faire fructifier dans le processus politique la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, qui est valable de façon égale pour tous les hommes. Dans la préface de mon livre « L'Unione Europea e la dottrina sociale della Chiesa »[1], qui est paru en juillet dernier, je formule cette idée de la façon suivante : « La mission de la COMECE est de suivre, de faire un 'monitoring', des développements  des Institutions européennes. Pour ce faire, on se fonde sur la Doctrine sociale de l'Eglise, dans toute sa portée et sur ses deux piliers que sont la dignité humaine et le bien commun ». C'est pourquoi un Dialogue ouvert est nécessaire, qui signifie qu'il faut tout autant écouter que parler. L'Encyclique « Caritas in Veritate » nomme également le Dialogue comme un principe important qui doit guider l'action de l'Eglise dans le monde. Cette nécessaire ouverture s'applique aussi aux questions actuelles et pressantes de la Politique et à la disposition à un débat compétent et global. Où notre contribution est-elle attendue ? Notre parole et notre expertise, où sont-elles demandées ? Où devons-nous intervenir pour le Bien commun, la Paix et pour plus de Justice ? Je voudrais à présent aborder trois thèmes concrets de la politique européenne, sur lesquels nous serons informés plus amplement dans les deux prochains jours.

 

2.Sommet sur le Climat à Copenhague

 

Début décembre aura lieu la Conférence sur le climat à Copenhague. Après la rencontre de l'APEC le week end dernier, il est désormais clair qu'il n'y aura pas d'accord à Copenhague sur un protocole pour succéder à Kyoto. Un accord politique sur des objectifs précis devrait cependant être possible. Ceux-ci pourraient ensuite aboutir à l'adoption d'un nouveau protocole l'année prochaine, à Bonn ou à Mexico.

 

Les climatologues regrettent que les objectifs des pays industrialisés pour la réduction de leurs gaz à effet de serre ne soient pas suffisamment ambitieux pour limiter à 2°C au maximum le réchauffement de la planète d'ici à la fin du siècle. Avec un objectif unilatéral de réduction d'ici 2020 de 20% de ses émissions par rapport à l'année de référence 1990, l'Union européenne est plus ambitieuse que d'autres pays industrialisés. Cependant, elle reste elle aussi en deçà de l'objectif - réclamé par les experts- de réduction de 25 à 40% d'ici à 2020.

 

Aux Etats-Unis, le Président Obama a engagé un tournant important dans la politique de son pays. De son côté, le Japon s'est entre temps engagé sur des objectifs de réduction d'émission aussi ambitieux que ceux de l'UE. Cependant, il reste un grand point d'interrogation concernant la contribution des pays émergeants à la lutte contre le changement climatique. Bien que ces derniers n'aient pratiquement pas contribué au réchauffement de la planète jusqu'à présent, ils sont aujourd'hui parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre et joueront un rôle déterminant dans les émissions à venir au niveau mondial. Sans une contribution adaptée de ces pays - à la tête desquels on trouve la Chine, qui est aujourd'hui le premier émetteur mondial avant les Etats-Unis - on ne parviendra pas à combattre efficacement le changement climatique. Le défi réside dans notre capacité à leur offrir, dans le cadre des négociations de l'ONU sur le changement climatique, des perspectives de croissances réalistes et écologiquement durables. Pour ce faire, il faut, outre d'importants transferts de technologie, également aligner beaucoup d'argent.

 

Le Conseil européen s'est mis d'accord fin octobre sur le cadre de sa position de négociation en vue du Sommet de l'ONU sur le Climat à Copenhague. A côté de l'objectif de limiter le réchauffement planétaire à au maximum 2°C, il a indiqué comme objectif minimal la division par deux des émissions mondiales d'ici à 2050 par rapport à 1990. De plus, le Conseil européen a pour la première fois fait sienne la demande du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU, selon laquelle les pays industrialisés devraient réduire de 80 à 95% leurs émissions d'ici à 2050 par rapport à 1990.

 

Par ailleurs, le Conseil européen a demandé qu'un futur accord sur le Climat soit accompagné d'un accord global de financement. C'est la volonté des chefs d'Etat et de gouvernement de voir cet accord financier devenir un pilier de l'accord de Copenhague. Les chefs d'Etat européens sont d'avis que tous les pays, à l'exception des pays les moins développés, devraient contribuer à la mise à disposition de moyens financiers en fonction de leur niveau d'émissions et de leurs capacités financières. Cependant - au grand dam des pays en voie de développement - le Conseil européen n'a pas donné de chiffres précis. On ne peut qu'espérer que la fixation définitive de la contribution financière des pays industrialisés tiendra compte de la responsabilité historique de ces derniers dans le réchauffement climatique. Car le soutien financier aux pays en voie de développement pour surmonter un changement climatique causé en grande partie par les pays industrialisés n'est pas une aumône, mais un impératif de Justice. C'est de la reconnaissance de cette vérité toute simple que dépend le succès ou l'échec d'un accord à Copenhague.

 

Dans le cadre de son Dialogue avec les institutions de l'UE, le Secrétariat de la COMECE s'est engagé à plusieurs niveaux pour que les décideurs de l'UE gardent particulièrement à l'esprit le bien des générations futures et des habitants des pays en voie de développement. Dès novembre 2008, le Groupe de travail « Changement climatique » de la COMECE nous a remis le rapport « Réflexion chrétienne sur les changements climatiques. Implications des changements climatiques sur les styles de vie & les Politiques de l'UE », avant qu'il ne soit ensuite présenté au public.

 

Le 17 juin 2009, la COMECE, la KEK et la Commission européenne ont co-organisé un Séminaire de Dialogue sur le thème « Le changement climatique, un défi pour les modes de vie, la solidarité et la justice mondiale ». Durant toute la journée, les représentants de la Commission européenne - dont le Directeur général à l'Environnement et un des négociateurs de l'UE à l'ONU sur le Climat -  du Parlement européen et des Etats membres ont échangé leurs points de vue avec des représentants des Églises et les experts sur le climat invités par elles, sur la base des données scientifiques les plus récentes concernant le changement climatique.

Les représentants des Eglises ont fait part de leur volonté d'adresser un message d'espoir à tous les citoyens de l'UE, les encourageant à mettre en pratique les nécessaires changements dans leurs modes de vie. En retour, les représentants des Institutions européennes ont souligné à quel point le soutien des Églises était essentiel dans la lutte contre les changements climatiques, afin de convaincre les citoyens d'adopter un mode de vie plus respectueux de l'environnement au quotidien. D'un point de vue chrétien, la protection du Climat n'est pas tant une question de solutions techniques, mais dépend plutôt de notre capacité à nous conscientiser afin d'adopter des modes de vie plus modérés et plus simples.

 

3. Renégociation du Traité de non-prolifération

En mai de l'année prochaine, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et de leur technologie sera renégocié. Etant donné l'avènement de nouvelles puissances nucléaires comme l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord et de l'inquiétante interrogation sur le fait de savoir si et quand l'Iran rejoindra ce Club, ces négociations revêtent une importance majeure.

Au cour de la préparation de ces négociations, deux « fenêtres d'opportunité » se sont ouvertes de façon inattendue. Le 5 avril de cette année, le Président Obama a proposé dans un discours à Prague l'option zéro pour les Etats-Unis en matière d'armement nucléaire. Il a invité les autres puissances nucléaires à suivre cet exemple et de négocier concrètement sur la base de cette proposition. Par la suite, son équipe de négociateurs s'est montrée très coopérative dans les entretiens préliminaires.

Nous ne devons certains pas être naïfs : Les négociations dans ce domaine sont très complexes et leur succès dépend de nombreux facteurs de la politique au niveau mondial et de leurs développement actuels. A l'occasion de ma visite à Rome à la Secrétairerie d'Etat, en tant que Président de « Pax Christi » Pays-Bas, j'ai pu constater le grand intérêt que portait le Saint Siège à la réussite de ces négociations et les efforts qu'il entreprend pour faciliter une conclusion favorable de ces négociations. La déclaration de Mgr Mamberti au Conseil de Sécurité de l'ONU le 24 septembre dernier est très claire : l'existence des armes nucléaires sont une atteinte à notre planète ; les armes nucléaires ne devraient pas seulement être évitées : leur existence est en soi une erreur.

La deuxième fenêtre d'opportunité, très concrète elle aussi, fut l'annonce par le Gouvernement fédéral allemand dans sa déclaration de politique générale, de sa volonté de s'impliquer activement pour faire retirer les armes nucléaires tactiques de son sol. Cette proposition notable est à replacer dans un contexte plus large: celui de la négociation d'un nouveau concept stratégique pour l'OTAN.

Le Gouvernement allemand est déterminé à franchir ce pas, tout en étant conscient des difficultés que cela induit. Il serait par conséquent d'un grand soutien, si les quatre Etats de l'UE qui ont encore sur leur sol des armes nucléaires tactiques américaines, pouvaient rejoindre l'initiative allemande. A côté de l'Allemagne, sont également concernés la Belgique, l'Italie et les Pays Bas.

La convergence entre l'initiative américaine de l'option zéro et la décision allemande pourrait accroitre la perspective d'un monde sans armes atomiques. Ces réflexions occupent, comme nous l'avons dit, également le Saint Siège car cela permettrait de faire un pas concret vers la réduction de la menace pour la Paix mondiale par l'armement nucléaire. Mais on peut également se poser la question de savoir si les Eglises en Europe, et concrètement la COMECE, ne devraient pas de leur côté également soutenir activement ces démarches. Ce vendredi, Paul Lansu, conseiller de Pax Christi International, nous parlera à ce sujet et préparera une proposition.

 

4. Impulsions pour une Economie sociale de marché durable

A la veille des Premières Journées sociales Catholiques pour l'Europe s'est tenu à Gdansk (Pologne) la Commission « Affaires sociales » de la COMECE. Au cœur des discussions : l'analyse de la crise économique et financière européenne, pour laquelle les réflexions de la nouvelle encyclique sociale « Caritas in veritate » furent d'une grande aide. Nous discuterons ultérieurement de l'analyse de la crise et d'une possible contribution  de notre part, sur la base de ce rapport, qui nous sera présenté. Mais je voudrais dès à présent souligner un point.

 

La cause plus profonde de la crise économique réside dans une image faussée de l'homme. Le concept d'un Homme comme « homo oeconomicus » entièrement fixé sur l'optimisation des profits et la promotion des droits individuels, a dans les dernières décennies guidé la politique européenne de multiple manière. En ce moment de crise il est cependant notoire que l'aspiration à un produit intérieur brut toujours plus élevé et à la croissance du revenu par habitant n'équivaut pas  à une plus grande satisfaction de l'Homme et a en même temps durablement porté atteinte aux fondements naturels de la vie. C'est pourquoi on peut se réjouir de la série d'initiatives significatives qui remettent en question les instruments de mesure de l'efficacité économique et du progrès social actuellement en vigueur. Dans la « synthèse humaniste » recommandée par le Pape Benoît XVI, le progrès devra être défini différemment. Pour ce faire, le recours à la tradition chrétienne peut également contribuer à la réflexion. Ainsi, dans la conception chrétienne, chaque Homme est conçu par Dieu et la protection de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle, constitue la valeur la plus élevée. Par ailleurs, les relations que tisse chaque être humain ne sont pas d'une importance secondaire, mais font partie des conditions essentielles, comme la Famille, d'une vie humaine accomplie. L'Homme est un être relationnel : il peut s'épanouir et s'ouvrir à Dieu dans l'alternance du travail et des loisirs, du quotidien et des jours fériés, des jours de semaines et du dimanche, dans la vie avec les autres. La conception chrétienne de la Société souligne en cela la nécessité de respecter quelques distinctions fondamentales dans l'existence humaine. Il faudrait en premier lieu nommer la distinction entre homme et femme, entre parents et enfant, entre frère et sœur. Egalement parmi ces aspects, une conception du travail humain qui ne soit pas réduite aux profits économiques. Avec l'adoption du Traité de Lisbonne, l'Union européenne s'est engagée à créer en Europe une Economie sociale de marché durable. Dans les prochains mois, les Institutions européennes vont délibérer sur une nouvelle Stratégie décennale pour le développement économique et social, qui devra remplacer la stratégie de Lisbonne. Il est prévu que le Conseil européen de Madrid en mars 2010 adopte une décision en ce sens.

 

En attendant, il est proposé que le Secrétariat de la COMECE organise un Dialogue avec des représentants du Parlement et de la Commission sur la conception de l'Homme et de la société sur laquelle sera basée cette nouvelle stratégie. Il serait souhaitable que les Conférences épiscopales dans les Etats membres recherchent également de tels contacts en amont du Sommet de Madrid.

 

Chers confrères,

En préparant ce retour en arrière sur ces dernières années, la contribution que nous avons, en tant que COMECE apportée à l'édification de l' « Ecclesia in Europa » m'est apparu avec évidence. Nous pouvons être reconnaissants, ainsi que tous ceux qui ont été impliqués dans ce travail - au sein et à l'extérieur de la COMECE . Cela nous donne courage et confiance au moment où nous nous attelons aux nouvelles tâches qui nous attendent et que nous abordons avec le même courage et la même confiance en l'aide de Dieu.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

 


[1] A.H.van Luyn, L'Unione Europea e la Dottrina Sociale della Chiesa, Vatican, 2009.

 

 

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Alessandro Di Maio

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